GEORGES DUMESNIL "LA TOUR" (1593-1652) Le nouveau-né. Vers 1645. Huile sur toile, 76 x 91 cm. Musée des Beaux-Arts Rennes.
| BIOGRAPHIE On sait très peu de choses sur la vie du peintre. Georges de La Tour naît à Vic-sur-Seille, en Lorraine, le 14 mars 1593. Il est le fils du boulanger. Les premières années de formation se sont certainement déroulées à Vic, puis sans doute dans la capitale, Nancy. Sur sa formation, le mystère reste entier : La Tour a pu se former à Nancy, où à partir de 1602 Jacques de Bellange occupe la première place parmi les peintres ducaux...
A-t-il fréquenté des artistes italiens et hollandais à Paris, tous fortement inspirés par le Caravage (1571-1610), le maître italien dont le style très réaliste révolutionna l'art de peindre en Europe ? A-t-il vécu en Flandre, au contact des " caravagesques " flamands ? A-t-il fait comme les peintres de sa génération le voyage à Rome ? On le retrouve présent à Vic en octobre 1616, soit juste vers le temps où meurt Bellange.
Le 2 juillet 1617 il épouse Diane Le Nerf, la fille de l'argentier du duc de Lorraine.et le couple La Tour quitte Vic s'installe à Lunéville, moyennant d'importants privilèges accordés par le duc Henri II (1620). Il y commence une carrière brillante, multipliant les tableaux religieux, ainsi que les sujets réalistes de mendiants et musiciens. À partir de 1633, les vicissitudes politiques et la maladresse du nouveau duc Charles IV entraînent la Lorraine, jusque-là duché prospère et havre de paix, dans les horreurs de la guerre de Trente ans. La Tour compte parmi les victimes : Lunéville, est entièrement incendiée en septembre 1638. Le peintre doit se réfugier avec sa famille à Nancy, puis il tente sa fortune à Paris, auprès de Richelieu, de Louis XIII, des amateurs de la capitale. Avec succès : il obtient du roi le titre du peintre ordinaire avec logement au Louvre. De ce moment datent sans doute quelques-uns de ses plus beaux tableaux, dont les premières " nuits ".
Malgré cet accueil flatteur, La Tour ne saurait abandonner la Lorraine où il a sa famille, ses propriétés, ses privilèges. Dès que sa maison est réparée, il se réinstalle à Lunéville, sans pour autant abandonner l'espoir de conserver une clientèle parisienne, même après la mort de Louis XIII et de Richelieu. Il obtient en tous cas l'admiration et la faveur du duc de la Ferté, qui gouverne la Lorraine au nom du roi, et qui semble apprécier particulièrement ses tableaux nocturnes. Il peint alors ses toiles les plus graves, les plus méditées. Au début de 1652, une épidémie l'emporte soudain, en même temps que sa femme et son valet, brisant net ce qui s'annonçait comme l'approfondissement sublime de la vieillesse.
Les témoignages de ces contemporains, étrangement, nous décrivent un homme fondamentalement antipathique, hautain, coupant, sûr de lui, d'une suffisance incroyable, avare et violent... Très curieusement, ce tempérament, avec l'avarice en plus, le rapproche assez du Caravage.
" Peintre fameux ", réputé et admiré en son temps, l'artiste sombra dans l'oubli après sa mort, et ce pendant trois siècles. Il fallut attendre 1915 pour que des historiens d'art, grâce à un long et patient travail, ressuscitent l'un des plus grands peintres français du XVIIe siècle. Plus de 350 ans après sa mort, il renaît grâce à ses 42 toiles dont 7 au Louvre; en voici quelques-unes des plus connues et les musées ou collections où l'on peut les admirer : - Le Tricheur à l'as de carreau (Louvre) - Saint Sébastien soigné par Sainte Irène (Berlin) - La diseuse de bonne aventure (New-York) - Le nouveau-né (Rennes) - La femme à la puce (Nancy) - Saint Joseph charpentier (Louvre) - Le veilleur (Stockholm) - Le souffleur à la lampe (Dijon) - Le souffleur à la pipe (Tokyo) - Le Rixe des musiciens (Getty) - L'argent versé (Lwow) - Les mangeurs de pois (Berlin) - Les larmes de Saint Pierre (Cleveland) - Saint Jacques le mineur (Albi) - Saint Thomas (Louvre) - Le vieillard et la vieille femme (San Francisco) - La fillette au brasier (Etats-Unis) - L'adoration des bergers (Louvre)
LE NOUVEAU-NE Devenu une véritable icône de la peinture française, Le Nouveau-Né marque l'apogée de la période nocturne de Georges de la Tour. Une émotion intense se dégage de cette oeuvre, créée en un temps meurtri par la guerre. "Est-ce une simple femme ? Est-ce Marie ? Une Madone ? Georges de La Tour ne nous le dit pas. Mais la majestueuse et seraine mise en place du nouveau-né et de ce visage dans un grand triangle rouge affirme bien qu'il y a là plus qu'une simple femme, l'archétype de la mère, une mère universelle, la Vierge des Ecritures. Un bébé aux premières heures de sa vie est quelque chose d'incroyablement fragile. Ce visage lisse, délicat comme une chrysalide appartient bien à un être en devenir, pas encore réalisé. Dans les recherches pour décrire l'intense vérité de ses sujets, Georges de La Tour s'est aventuré plus loin encore que ses contemporains et ses maîtres. C'est avec une rare simplicité de moyens, une grande restriction d'effets qu'il façonne leur présence. Et dans une composition et une mise en scène parfaitement maîtrisée, la lumière montre les visages, balise la lecture, guide le spectateur." Jacques-Edouard Berger | |